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Radio Paradis, la radio du 10e

©Sarah Pedersen Kazes

Radio Paradis est une web radio indépendante née dans le 10e arrondissement de Paris pendant le confinement. Portée par une équipe de bénévoles passionné·e·s, elle s’est imposée comme un espace de création sonore, de découvertes musicales et de lien social, ancré dans la vie locale.

Rencontre avec Jérémy de Radio Paradis au centre Paris Anim’ de la Grange aux Belles

Un projet né confiné

Née rue de Paradis, dans le 10e arrondissement de Paris, Radio Paradis est avant tout une histoire de passion, de musique et de rencontres. Le projet voit le jour pendant le confinement du Covid-19, dans l’appartement de Julien, cofondateur de la radio.

À l’origine, il s’agit d’un projet de fin d’études en école d’informatique. Passionné de musique et profondément attaché à son quartier, Julien imagine une web radio capable de diffuser des sélections musicales tout en donnant la parole aux habitant·e·s, aux commerçant·e·s et aux travailleur·euse·s du 10e arrondissement. Il développe l’architecture, la plateforme, le design et les premiers formats, principalement centrés sur des playlists musicales et quelques interviews avec des locaux. Très vite, le projet dépasse ce cadre initial et devient un espace plus large de création sonore et de diffusion musicale. Il se construit à la croisée d’une passion forte pour la musique et d’un ancrage dans le 10e arrondissement.

C’est dans ce contexte que Jérémy rejoint le projet environ un an plus tard. Il s’y engage comme bénévole, animé par la même passion pour la musique. Très rapidement, il contribue à structurer la programmation et à mettre en place un système de résidences artistiques qui deviendra central dans le fonctionnement de la radio.

Aujourd’hui, l’équipe rassemble un peu moins d’une dizaine de bénévoles actif·ve·s. Tous et toutes se relaient pour faire vivre la radio au quotidien, dans une logique collective fondée sur la passion musicale et l’envie de créer un espace d’expression partagé et engagé.

Au fil du temps, le fonctionnement de Radio Paradis s’est construit à partir de rencontres. Au départ, le noyau dur était constitué de personnes qui se connaissaient déjà puis, progressivement, Radio Paradis a gagné en popularité et de nouvelles personnes ont eu envie de rejoindre le projet. Des liens se sont créés, des amitiés aussi, et tout cela continue de se développer à travers ce projet radio.

Une programmation envoûtante

L’un des tournants majeurs intervient lorsque Jérémy rejoint la radio et développe la programmation musicale sous forme de résidences. Des artistes, DJs et producteur·rice·s sont invité·e·s à proposer des émissions mensuelles, sous des formats variés. Les résident·e·s proposent plusieurs types de formats comme des DJ sets, des talk-shows, des sélections musicales commentées et des interviews musicales dans lesquelles la discussion est ponctuée d’extraits sonores. Cette diversité permet à chacun·e d’adopter une forme d’expression adaptée à sa pratique, tout en maintenant une cohérence autour de la musique comme fil conducteur.

Ce système de résidences structure aujourd’hui l’essentiel de la production.Environ quinze résident·e·s participent aujourd’hui régulièrement à la programmation. Les résident·e·s produisent en moyenne une émission par mois qui est d’abord enregistrée en studio, puis diffusée en différé. Mais cette radio hybride ne s’arrête pas là. D’une part, il y a le « playlisting », qui est une programmation musicale continue diffusée à partir d’une base de morceaux régulièrement mise à jour. Trois à quatre émissions sont enregistrées chaque semaine en studio. Les contenus sont alors diffusés sur le site puis disponibles en replay, ce qui constitue aujourd’hui une archive importante. Ce rythme permet d’alimenter régulièrement la radio tout en laissant une grande liberté de création aux participant·e·s.

La place de la radio aujourd’hui

La radio, comme média traditionnel, a perdu beaucoup d’influence ces dernières années et pourtant c’est aussi un média qui a profondément évolué. Longtemps centrale, elle a été l’un des principaux moyens d’accès à l’information et à la musique, un rôle qu’il est parfois difficile d’imaginer aujourd’hui, à l’ère des réseaux sociaux et des plateformes de streaming. Pour autant, elle n’a pas disparu : elle s’est réinventée, notamment dans le champ musical. Des formats plus libres et plus indépendants ont émergé, redonnant à la radio une place singulière dans les pratiques d’écoute contemporaines.

Aujourd’hui encore, un public fidèle continue de s’y retrouver. Pas seulement des spécialistes ou des « diggers » comme Jérémy les appelle, mais aussi des auditeur·rice·s curieux·ses, en quête de découvertes. La radio offre en effet une manière d’écouter la musique moins standardisée, moins guidée par des algorithmes, plus ouverte à la surprise et à la diversité.

Dans ce contexte, elle devient un espace d’exploration. Un lieu où l’on peut prendre le temps d’écouter, de contextualiser, de raconter la musique autrement. Pour les artistes comme pour les passionné·e·s, elle constitue aussi un espace d’expression particulier, permettant de partager des influences, des récits et des sensibilités dans une forme plus libre.

« La conviction derrière Radio Paradis, c’est que la musique est un formidable outil de lien social, et que nous avons envie de l’utiliser pour en créer dans le quartier à travers notre média. » – Jérémy

Ainsi, au-delà de sa fonction de diffusion, la radio reste aujourd’hui un espace vivant, capable de relier les individus à travers la musique, et de proposer d’autres façons d’écouter, de découvrir et de se rencontrer.

Un ancrage local et engagé

Depuis longtemps, Radio Paradis a l’ambition de se rapprocher davantage de la vie locale dans le 10e et même plus, de s’y intégrer avec comme objectif d’utiliser la musique comme un outil de lien social, en créant des passerelles entre artistes, habitant·e·s et acteur·rice·s culturel·le·s du quartier. Cette volonté s’est traduite par le développement de partenariats avec des structures locales, ainsi que par la création de formats d’émissions liés à la vie du quartier.

Par exemple, avec la médiathèque Françoise-Sagan, l’équipe de Radio Paradis a développé un format appelé Canal Sagan, un plateau radio extérieur à la médiathèque qui met en avant ses activités. L’idée, à travers ces collaborations, est aussi de représenter le 10e arrondissement dans sa diversité.

« À la base, l’idée était vraiment de partager de la musique et d’aller interviewer des commerçant·e·s dans l’arrondissement. Puis la partie musicale s’est développée un peu indépendamment de cet ancrage, avec du contenu porté par des DJs et des artistes de la scène parisienne au sens large. »

Dès les débuts du projet, Julien réalisait déjà des chroniques avec des acteur·rice·s du 10e arrondissement, enregistrées au CRL10. Avec le temps et la nécessité de trouver un lieu pour le studio, Radio Paradis s’est installée au CRL10 dans le centre de la Grange-aux-Belles. L’équipe a également pu bénéficier d’un meuble construit sur mesure pour accueillir tout le matériel, et qui participe aujourd’hui pleinement à l’identité du lieu. Cette installation dans les studios du CRL10 marque une étape importante dans le développement du projet. C’est un vrai ancrage physique dans le 10e arrondissement. Cette collaboration permet à la fois de mieux accueillir les artistes et les intervenant·e·s, mais aussi d’ouvrir la radio à un public extérieur.

Les sessions d’enregistrement sont à la fois des moments de travail technique et des espaces d’échange. Les résident·e·s y partagent leurs découvertes musicales, leurs influences et leurs pratiques. Les interviews et les sélections commentées donnent lieu à des discussions souvent spontanées et très ancrées dans la passion de la musique. Cette dimension conviviale fait partie intégrante de l’expérience de la radio. C’est pourquoi rendre publiques les sessions d’enregistrement semble être une idée avec beaucoup de sens…

Sortir le studio dans la rue

En effet, l’une des envies fortes de l’équipe de Radio Paradis est de développer des sessions d’écoute ouvertes au public. L’idée, c’est vraiment de sortir le studio dans la rue, pour renforcer l’ancrage dans le 10e arrondissement, mais aussi pour créer du lien social à travers la musique.

Dans cette logique, le projet s’inspire des sound systems jamaïcains, des systèmes de diffusion composés de grandes enceintes. Louis, un des bénévoles, a d’ailleurs conçu et construit un sound system pour Radio Paradis, en collaboration avec une ressourcerie du 10e arrondissement, à partir de matériaux recyclés. L’objectif est de pouvoir l’utiliser lors d’événements ouverts au public.

Comme l’explique Jérémy, les sound systems jamaïcains sont construits en différentes parties empilées, chacune correspondant à une fréquence sonore. Cela crée des formes presque triangulaires, très reconnaissables. C’est cette esthétique que Radio Paradis a voulu reprendre, mais aussi ce qu’elle représente : une dimension à la fois sociale et politique, celle de fêtes populaires, accessibles à tous et toutes.

Cette envie de rassembler autour de la musique se retrouve notamment lors de la fête de la musique. Pour Jérémy :

 « La fête de la musique, c’est une occasion immanquable pour Radio Paradis. »

Depuis deux ans, la radio s’installe rue de Paradis, au Transistor, avec ses résident·e·s pour proposer des DJ sets et une programmation musicale variée, attirant les passant·e·s du quartier.

Plus récemment, le 18 avril 2026, Radio Paradis a également ouvert ses portes au public au CRL10, à l’occasion du Disquaire Day. Cette journée, dédiée aux disquaires, vise à valoriser leur rôle et à encourager l’achat de vinyles. Pour la radio, c’était aussi une manière de prolonger cette dynamique d’ouverture, en créant un moment collectif, à la fois musical et convivial.

Les musiques du 10e arrondissement 

J’ai pu questionner l’équipe de Radio Paradis en leur demandant de choisir une musique qui représente le mieux le 10e arrondissement à chaque saison : des morceaux avec lesquels on aurait envie de se balader dans le quartier. Partir de la gare de l’Est, longer la médiathèque Françoise Sagan, admirer les cerisiers en fleurs, descendre la rue du Faubourg-Saint-Denis, longer le canal Saint-Martin jusqu’à la place de la République… et se dire, au fil de la balade, que le 10e est vraiment l’un des meilleurs quartiers de Paris.

Voici leurs suggestions musicales :

  • Printemps : There Is an End — The Greenhornes (feat. Holly Golightly)
  • Été : Seremei Buguya (Thanks to You) — The Garifuna Collective
  • Automne : Satin Curtains — Molly Lewis
  • Hiver : La Rue — Cortex

Je vous encourage d’ailleurs à aller sur le site de Radio Paradis et à écouter cette radio pour découvrir de nouvelles musiques et musicien·ne·s : https://www.radioparadis.live/  

Entretien réalisé par Sarah Pedersen Kazes, rédactrice du journal associatif du CRL 10.