© Delphine Blast – Tatiana Ezequiel s’entraîne dans un modeste camp à la périphérie de Dar-es-Salaam, le 30 octobre 2023
A l’occasion de l'événement “Paris s’anime”, le jeudi 10 juillet, Quartier Jeunes a présenté devant ses locaux la série “Boxing Queens” de la photographe Delphine Blast. Cette exposition, en partenariat avec le cycle Escale du CRL10, met en lumière le monde méconnu de la boxe féminine en Tanzanie, et dresse le portrait de femmes courageuses ayant décidé de briller dans une discipline traditionnellement réservée aux hommes.
Le projet naît d’abord d’une rencontre. Lors d’un voyage en Tanzanie en 2022, Delphine fait la connaissance de jeunes boxeuses. Celles-ci ont choisi d’apprendre à se défendre soit par nécessité, soit dans le but d’en faire leur métier. Immédiatement, la force de caractère et la détermination de ces jeunes femmes frappent la photographe. Très vite, l’idée de documenter leur quotidien et leurs séances d’entraînements s’impose à elle. “J’ai trouvé que ces femmes étaient profondément inspirantes, et à travers mes photographies, j’ai voulu leur rendre hommage”, confie-t-elle.
Une réponse à la violence
Le travail de documentaire de Delphine s’étale sur deux ans. De 2022 à 2024, elle photographie la jeune génération de boxeuses à Arusha et à Dar-es-Salaam, deux grandes villes de Tanzanie. Ainsi, elle s’immisce petit à petit dans leur quotidien, les suit lors de leurs entraînements. Elle documente aussi leurs combats, de véritables “shows”, où se déploient faste, lumières et argent grâce aux sponsors. Un contraste frappant avec la rusticité des entraînements dont elle a été témoin. Issues de milieux populaires, les jeunes boxeuses s’entraînent dans des conditions extrêmement rudimentaires. “Leurs salles ne sont pas des salles de sport à proprement parler, mais des cours intérieures”, observe notamment Delphine.
En Tanzanie, près de trois filles sur dix sont victimes de violences sexuelles, et sept enfants sur dix subissent des violences physiques avant leurs 18 ans, selon un rapport de l’Unicef de 2009. Ainsi, nombreuses sont celles qui se tournent vers la boxe, d’abord pour se protéger. “Beaucoup ont commencé pour la self-défense, mais ce choix est surtout une réponse à la violence quotidienne d’une société encore très machiste”, explique Delphine. Monter sur le ring représente, pour elles, une affirmation de soi. Avant même de viser la victoire, être là, face à l’adversaire, est déjà une forme de triomphe.
“Un devoir”.
Ce triomphe, Delphine a choisi de le sublimer à travers des portraits posés qu’elle retravaille ensuite à la feuille d’or, en y intégrant des motifs inspirés à la fois de l’imaginaire de la boxe et de l’iconographie royale. “Pour moi, elles sont reines. Elles ont déjà gagné la médaille d’or”, déclare-t-elle. Ainsi, Delphine mêle les approches : photos de reportages, portraits et approches participatives, pour raconter, au plus près, la réalité de ces femmes. A travers son art, la forme est toujours au service du fond afin de toucher le plus de publics possibles. “Je pense que c’est l’avantage du métier de photographe : c’est qu’on peut faire ce travail de trait d’union entre les personnes photographiées et celles qui les regardent. Il y a quelque part un devoir à transmettre ces images, à faire comprendre ces réalités”.